Aujourd’hui en France, les plus pauvres ont encore une espérance de vie de 13,5 ans inférieure à celle des plus riches. Y a-t-il une inégalité plus criante ? Tout le monde a le droit à la santé. Un environnement sain en est la première condition. Nous voulons la justice environnementale
Aujourd’hui en France, on vit encore sur d’anciens sites miniers ou agricoles pollués : c’est évidemment le cas en Guadeloupe et en Martinique, c’est aussi le cas à Salsigne, sur les anciennes mines d’uranium sur le territoire hexagonal, ou en Alsace au-dessus de Stocamine.
Aujourd’hui en France, des populations entières vivent à côté de sites Seveso, de décharges et incinérateurs, de greniers à grains susceptibles d’exploser à tout moment ou de réserves peu réglementées d’ammonitrates.
Aujourd’hui en France, les eaux sont polluées, viennent parfois à manquer, parce qu’elles sont privatisées, sur-utilisées par les forces de l’argent, sans que ne soit garanti l’accès minimal à l’eau aux populations.
Aujourd’hui en France existent des zones de non-droit, des lieux où les réglementations sanitaires sont affaiblies par exemple à la Réunion, où le scandale de la leucose bovine tarde encore à être traité, ou en Nouvelle-Calédonie qui compte encore des mines à ciel ouvert !
Aujourd’hui en France, des ouvrières et des ouvriers se voient reconnaître leur préjudice d’anxiété à l’issue de décennies de combat... pour des substances toxiques auxquelles ils et elles ont été exposées. C’est intolérable. Les préjudices rencontrés ne sont pas seulement de l’ordre de l’anxiété, mais de l’atteinte à la santé, par négligence sanitaire et environnementale.
Aujourd’hui en France, des personnes sont exposées, pour se nourrir, laver leur linge, nettoyer leurs maisons -ou celle des autres !, à des produits malsains et toxique, sont ainsi contraintes chaque jour de manipuler des substances susceptibles de porter atteinte à leur santé.
Aujourd’hui en France, pour se déplacer, certaines et certains sont contraints d’utiliser leur voiture, malgré le prix du carburant, là où le devoir de la République est de garantir l’intégrité et l’unicité territoriale et l’accès à des transports propres et adaptés.
Aujourd’hui en France, des familles se battent pour voir reconnaître les cancers pédiatriques, les cancers de leurs enfants, sans écoute réelle des autorités ni plans pour y remédier.
Aujourd’hui en France, les citoyennes et les citoyens sont contraints de prélever par eux-mêmes des échantillons prouvant la persistance des pollutions, à l’instar de Rouen suite à l’explosion de Lubrizol.
Aujourd’hui en France, il faut se battre pour obtenir justice face aux mega-pollueurs, les industries y compris les plus dangereuses ne sont soumises qu’à une surveillance légère et à des sanctions administratives, là où il s’agit de comportements criminels.
Les combats portés ces dernières décennies pour l’interdiction de certains produits toxiques, pour la santé contre la pénibilité au travail ou encore pour la santé environnementale ont certes parmi des avancées. Elles sont trop faibles. Alors que nombre de forces politiques, y compris à gauche, distinguent l’urgence sociale de l’urgence environnementale, nous disons que l’écologie embrasse tout d’un même tenant. Il y a conjonction des injustices.
Des pays des Suds nous vient un appel pour la justice climatique, qui reconnaisse tout à la fois la responsabilité historique des pays du Nord dans la destruction de la planète et le devoir des pays les plus riches d’agir mieux et plus vite, du fait de notre responsabilité historique et de notre plus grande capacité à agir par nos ressources nombreuses, humaines et financières.
Des États-Unis nous vient le combat pour la justice environnementale, qui revendique le droit universel, effectif et équitable à un environnement sain, qui juxtapose les questions sociales et environnementales, en y intégrant la question des discriminations.
L’écologie, c’est l’ouverture de droits nouveaux pour les françaises et les français. C’est l’ouverture d’un nouvel espoir.
Des luttes émergent. Des voix se font entendre. Des tréfonds de la Terre gronde une colère légitime qui jaillit en de multiples sources qui nourrissent un fleuve qui, loin d’être tranquille, sera en capacité de changer le cours du monde. Leurs combats sont les nôtres. Ensemble, nous construisons un monde de justice.