DEMANDER JUSTICE
Nous sommes écologistes. Mais ne sommes pas dupes : les politiques de protection de la nature ont débouché trop souvent dans l'Histoire sur des injustices criantes. Et si le concept de dette climatique, forgé par des peuples du Sud est venu rappeler la responsabilité particulière de l'occident dans la crise écologique, au sein de nos pays, un mouvement comme celui des Gilets jaunes a lui pointé du doigt l'inégale répartition sociale des efforts demandés pour préserver le climat.
Le paradoxe est le suivant : les plus pauvres ont un impact moindre sur leur environnement, et pourtant participeraient le plus à l’effort écologique demandé, tout en bénéficiant le moins des effets des politiques publiques environnementales. Cette double peine alimente colère et frustration contre une écologie alors vécue comme un instrument d'humiliation supplémentaire. On ne sauvera pas le vivant sans dépasser cette contradiction.
Nous savons qu'une autre écologie est possible. Plus populaire, dans ses préoccupations comme dans les personnes qui la portent. Elle existe déjà et depuis longtemps en de nombreux points du globe. Elle prend le visage de la justice environnementale, un mouvement à la fois social et scientifique né dans les années 1970/80 aux États-Unis. Il démontre que les préjudices environnementaux et sanitaires tendent à se cumuler avec différentes formes d’inégalités socio-économiques et de reconnaissance.
Refonder le rapport que nous entretenons avec le vivant constitue une urgence absolue pour qui veut garantir une vie humaine digne pour toutes et tous sur Terre. Englués dans des logiques obsolètes, nous persistons pourtant à avancer vers la catastrophe. Détruire la planète, c'est condamner des millions de personnes à la dépossession, à l'exode, aux maladies et, parfois même, à la mort.
Partout autour du monde, les plus pauvres sont les premières victimes des atteintes portées à l'environnement. C'est une vérité qui dérange et demeure sous-documentée.
Depuis toujours, ont été frappées en priorité, certaines catégories de population dont l'existence est bouleversée quand elle n'est pas menacée par ce qu'il convient d'appeler les violences environnementales.
Contre ce destin funeste, des luttes émergent. Des voix se font entendre. On les pense inédites, mais seul l'écho qu'elles rencontrent désormais est nouveau. Si la prise de conscience du dépassement des limites planétaires vient désormais mobiliser les affects des classes moyennes et supérieures des pays du Nord, la réalité crue de la surexploitation des ressources ne date pas d'hier.
Le déplacement de populations, la pollution massive des sols, de l’air ou de l’eau, et en conséquence l'intoxication des individus jugés subalternes, sont des maux séculaires, combattus de longue date par les individus qui les subissent. Maintenant, il est temps de se rassembler.
Pour gagner.
Ensemble, il nous faut demander et obtenir justice.